ven 18 août 2017
Contes et histoires - Sorgeat, 1961
panneau enneigé


Des siècles d'histoire ensevelis...

Janvier 1961, il neige abondamment sur la haute Ariège depuis maintenant plusieurs jours. Soudain à Sorgeat, un craquement sinistre se fait entendre...
De mémoire d'hommes on n'avait vu autant de neige en janvier. Pendant un mois elle était tombée tous les jours, à gros flocons sur la région d'Ax, si bien que les ruelles du petit village devenaient impraticables. Pour circuler, il fallut tracer un étroit sillon à la pelle, taillé dans la masse blanche, bordé d'un mètre de neige, bien bon !

Des toits vétustes craquaient sous le poids de la neige, et en ce samedi 14 janvier, c'est celui de la vieille église qui, d'un coup, s'effondra. Un bruit sinistre de catastrophe se fit entendre alors que la nuit tombante enveloppait déjà le désastre.
Le village, sa centaine d'habitants se trouva tout aussi rapidement consternée. Le porche bâti en frêne avait cédé, entraînant dans sa chute la voûte, puis la charpente. Les ardoises et la neige broyèrent sous leur poids chaises, bancs, stèles, statues de saints, tableaux, chemin de croix et même l'harmonium. Seul le maître autel fut épargné, mais par précaution on retira les objets du culte et les statuettes en bois doré, précieuses pour leur naïveté moyenâgeuse.
Ainsi, cette grande église montagnarde présentait soudainement un aspect pitoyable. Les larmes aux yeux, une vieille du village parvenait à dire malgré la douleur que c'était avant ce drame la plus belle de toutes celles du canton.
Elle avait été construite au XIIe siècle sous le vocable de Saint Pierre, comme l'attestait une fresque défraîchie, placée au dessus de la porte. Elle fut ensuite réédifiée et agrandie en 1672, puis embellie en 1680 et 1700. Une cloche porte le millésime de 1700, l'autre est datée de 1803. L'église mesurait 29,40 mètres de long, 10,20 m de large...

Tout cela n'était, ce 14 janvier, qu'un amas de ruines. Là où il y avait une crèche rustique de Noël, il ne restait que des madriers rompus. Dimanche 15 janvier au soir, un habitant audacieux se risqua à sonner l'Angelus. Le bronze égrena un chapelet de notes graves comme les souvenirs qui s'attachent depuis des siècles au sanctuaire ce jour là supplicié. L'interminable échos des cloches éteint, on n'entendit plus que le Riou de la Fouch qui serpentait sous la neige.


La Gazette Ariégeoise, le 22 Novembre 2002




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